Mercredi 11 décembre, un groupe d’élèves des cordées s’est rendu aux Grandes Locos dans le cadre de la biennale d’art contemporain. L’art contemporain? Qu’est-ce que c’est? Ce sont des œuvres faites par des artistes de notre époque ( souvent encore en vie) et avec différents matériaux et supports ( audio, sculpture, peinture, vidéo…).
Le site des Grandes Locos est un ensemble de bâtiments industriels inauguré en 1846 par la Compagnie des hauts fourneaux, forges et ateliers d’Oullins, devenu centre technique de la SNCF au cours du XXe siècle. Témoin de l’histoire du chemin de fer français, ces usines sont consacrées jusqu’en 2019 à la révision de locomotives électriques et à la maintenance des pièces détachées. Aujourd’hui ces bâtiments sont reconvertis en un lieu culturel atypique.
Voici quelques œuvres que nous avons pu appréhender à l’aide de notre guide Fantine. Le thème des œuvres était la voix des fleuves: le partage et le pouvoir du collectif.
L’artiste et réalisateur Iván Argote interroge, de façon critique mais souvent humoristique, les récits historiques dominants qu’il cherche à décentrer. À travers des installations à grande échelle, des interventions sur des monuments ou des performances vidéo, il propose de nouveaux usages symboliques de l’espace public et de ses représentations officielles. Par le biais de stratégies fondées sur l’affect et la tendresse, son travail artistique réévalue l’écriture de l’histoire, de la politique et de l’économie dans la construction de nos rapports collectifs et individuels aux systèmes de pouvoir et de croyance.
Interactive et participative, l’installation The Other, Me & the Others se présente sous la forme d’une balançoire, dont la plateforme s’incline d’un côté ou de l’autre, en fonction du nombre de visiteur·euses et de leur déplacement sur la passerelle. Par ce jeu de bascule, l’œuvre questionne les relations interpersonnelles, en recherchant l’équilibre entre ses utilisateur·rices et en symbolisant spatialement les liens entre les individus. Elle invite à considérer l’espace public comme un terrain de jeu ouvert à tous·tes, un lieu de rencontres voire de pouvoir.
Au croisement de la tenture d’Histoire et de la bande dessinée, Mona Cara tisse des pièces hybrides qui transforment le chaos du monde en une apocalypse joyeuse. Afin d’explorer les formes picturales et sculpturales des fils de chaîne et de trame, elle associe des savoir-faire artisanaux avec des techniques héritées de l’industrie, comme le jacquard qui lui permet de programmer informatiquement le tissage de motifs complexes et de textures diverses. Multipliant les références à la culture populaire — de Doctor Who à Peppa Pig —, l’artiste choisit la voie du détour et de l’humour pour interroger les dérèglements de la société contemporaine.
Inspiré par le café Vola à Hyères, Le Cactus de Mona Cara raconte l’histoire collective d’un bistrot de quartier, lieu de rendez-vous haut en couleurs, où dentelle et jacquard se croisent au fil des rencontres entre des personnalités improbables et d’étranges chimères. Au milieu de châteaux d’eau, de métiers à tisser et d’antennes paraboliques grouille une drôle de société imaginaire et réelle, où se croisent des personnes rencontrées à l’Hôtel de la Dentelle de Brioude, aux usines Les Tissages de Charlieu ou aux Salins d’Hyères. Avec son univers joyeusement bancal, l’installation textile de Mona Cara célèbre le vivre ensemble malgré l’état socialement et environnementalement troublé du monde.
En résidence au sein de différents territoires de la région Auvergne Rhône-Alpes, Mona Cara a mené un travail collaboratif avec des artisan·es spécialisé·es et des bénévoles pour la création de sa pièce monumentale. Elle a confectionné la dentelle à la chapelle de la Visitation de Brioude avec l’aide de professionnel·les et d’amateur·rices de l’Hôtel de la Dentelle et produit le tissage jacquard aux usines Les Tissages de Charlieu. À Lyon, elle a réalisé l’assemblage des différentes pièces avec des habitant·es et usager·ères des quartiers Guillotière et Moncey-Voltaire.
Les installations sculpturales et architecturales de Hans Schabus résultent d’une expérience très personnelle des lieux et des contextes d’exposition. L’artiste questionne les relations entre les œuvres et leurs environnements, en utilisant des matériaux inattendus ou en jouant avec des circonstances improbables. Par des actes radicaux — creuser, combler, ceinturer, couper —, Hans Schabus déstructure et restructure l’espace, modifiant les repères et les déplacements du public et proposant une perception nouvelle des sites d’exposition.
Après une enquête sur l’histoire industrielle des anciennes usines dédiées à l’entretien et à la réparation des trains de marchandises, Hans Schabus réalise pour les Grandes Locos une intervention spatiale qui relie les différentes halles. Aux dimensions d’un avion Airbus A321, la structure monumentale en bois de Monument for People on the Move (« Monument pour les personnes en mouvement ») repose sur des sculptures de tortues, symboles de protection et longévité, qui s’opposent aux mouvements rapides du travail des ancien·nes ouvrier·ères et des trains sur les rails. Empruntant à différentes esthétiques — de la construction à la Sécession (les tortues s’inspirent des motifs animaliers réalisés par Robert Oerley pour le Palais de la Sécession à Vienne) —, l’œuvre d’Hans Schabus initie un dialogue avec l’espace et avec les publics invités à traverser l’installation et à interagir ensemble.
Combinant des éléments architecturaux et paysagers, des motifs végétaux et animaliers, les compositions de Chourouk Hriech créent des narrations graphiques inspirées de l’histoire de lieux anciens, récents, réels ou imaginaires. L’artiste dessine en noir et blanc ce qu’elle appelle sa « pratique du paysage », qu’il soit urbain ou végétal. D’un trait précis à l’encre de Chine ou à la gouache, elle retrace l’histoire de « villes symboles », multipliant coupes, jeux d’échelle et de perspective. Se déployant sur le papier, les murs ou les objets, ses œuvres composent un univers hybride fait de croisements, de mélanges ou de coexistences de formes, de cultures et d’époques.
Croisant le dessin, la photographie, la vidéo, le textile et le son, l’installation de Chourouk Hriech dévoile d’immenses cartographies poétiques. Des oiseaux migrateurs, symboles de l’envol et de la liberté, traversent de grands paysages inspirés des voyages de l’artiste. Son travail élabore une vision kaléidoscopique de l’environnement urbain et naturel, qui restitue différentes recherches, impressions et sensations. Dans les vidéos À qui appartiennent les cieux ? et Céleste, l’image en mouvement convoque le corps humain en dialogue avec les éléments — ciel et mer. Poétique et immersive, l’œuvre de Chourouk Hriech compose un monde commun où se dissipent les frontières entre les formes de vie animales, végétales et humaines.
Merci à Fantine, notre guide, à Hanene et à tous les élèves participants!
Prochaine sortie : concours de l’éloquence à l’INSA.